Les travaux sont bien avancés sur le site historique de l’ancien Hôpital Royal Victoria, juste au nord du campus principal de l’Université McGill, dont une grande partie sera transformée pour accueillir le nouveau Parc du développement durable de l’Université McGill.
Ce projet, l’un de plus ambitieux de l’histoire de McGill, réunira des chercheurs et chercheuses de disciplines diverses qui travailleront sur des initiatives de développement durable. Pour leur part, des experts en politiques publiques apporteront des compétences et des connaissances essentielles à la transformation des découvertes prometteuses en applications concrètes.
« Je crois que ce projet suscite beaucoup d’enthousiasme [à McGill], mais aussi beaucoup de questions à propos de la forme qu’il prendra et des personnes qui y participeront », déclare Rees Kassen, Ph. D. 2001. À titre de directeur académique du Parc, le Pr Kassen sera chargé de répondre à bon nombre de ces questions.
Après avoir terminé ses études doctorales à McGill et effectué un stage de recherche à Oxford, Rees Kassen a entrepris une carrière de professeur à l’Université d’Ottawa. Biologiste évolutionniste, le Pr Kassen a mené des travaux sur des populations de microbes qui ont apporté un éclairage précieux sur l’évolution de la biodiversité et l’origine de la résistance aux antibiotiques.
En parallèle, le Pr Kassen consacrait une grande partie de son temps personnel à un domaine différent, mais connexe : la politique scientifique.
« Il y a une douzaine d’années, j’étais vraiment inquiet de certaines décisions prises par le gouvernement fédéral au sujet du financement de la recherche et des universités, et j’ai décidé que je ne resterais pas les bras croisés à me plaindre. »
Depuis, le Pr Kassen est devenu président du Partenariat en faveur des sciences et des technologies, association regroupant plus de 20 organisations professionnelles et scientifiques et ayant pour mandat de sensibiliser les députés et les décideurs à l’importance de la recherche pour le développement économique du pays. Il a également coprésidé la Global Young Academy, groupe international formé de chercheurs et chercheuses en début de carrière qui porte la voix des jeunes scientifiques du monde entier.
En 2023, le Pr Kassen est revenu à l’Université McGill en qualité de professeur au Département de biologie et de directeur de l’Institut Trottier pour la science et les politiques publiques.
« Je me définis avant tout comme un scientifique, mais je m’intéresse aussi énormément aux grands débats qui animent la société et au rôle que la science doit y jouer, explique-t-il. Sans vraiment m’en rendre compte, je menais ces deux vies en parallèle. Je me consacrais aux politiques publiques essentiellement pendant mes temps libres. McGill me permet maintenant de réunir ces deux passions et d’en faire ma profession. »
En tant que directeur académique du Parc, le Pr Kassen continuera à établir des ponts entre le monde de la recherche et celui de la politique publique.
« L’Université McGill peut jouer un rôle de leader dans la résolution de certains des défis les plus graves auxquels notre monde doit faire face », explique le professeur, qui demeurera directeur de l’Institut Trottier. (Un directeur adjoint ou une directrice adjointe se chargera de la plupart des tâches administratives quotidiennes.) « [Le Parc] est un projet extrêmement stimulant. Je pense que nous avons là l’occasion d’occuper une place de premier plan dans la recherche axée sur les défis.
« Nous concevons le Parc comme un lieu de rencontre entre les secteurs du développement durable et des politiques publiques, explique le directeur académique. L’un ne devrait pas aller sans l’autre. Pourtant, ils fonctionnent souvent chacun de son côté. Je suis absolument convaincu de la nécessité d’établir [entre eux] une réelle collaboration. En tant que scientifique, je peux vous dire que les résultats de recherche qui restent cantonnés à un petit cercle d’initiés ne peuvent pas avoir de retombées importantes. »
Le Pr Kassen dit constater chez les scientifiques et les experts en politique publique une réelle volonté de renforcer leur collaboration.
« Les scientifiques – surtout chez les étudiants et étudiantes – sont très enthousiastes à l’idée d’aider les décideurs à prendre des décisions éclairées et de participer à l’élaboration des politiques publiques. En revanche, ils n’ont aucune idée de ce que cela implique ni de la complexité du monde politique. »
« Les décideurs politiques me disent “Nous avons besoin d’idées, nous avons besoin de données”, mais ils ne savent généralement pas comment y accéder ni comment elles sont générées et évaluées. Dans le cadre d’un cours sur la politique scientifique que je donne à l’École de politiques publiques Max-Bell, je décris parfois leur vision de la science comme une sorte de code QR qu’il suffirait de lire avec son téléphone pour obtenir des réponses. »
Le Parc du développement durable donnera naissance à toutes sortes de collaborations entre des équipes qui ne travaillent généralement pas ensemble. Le Pr Kassen cite l’augmentation alarmante des feux de forêt comme un exemple de crise multifactorielle qui ne peut être résolue par une seule discipline.
« On parle de foresterie, de ressources en eau, de changements climatiques, de santé publique. Nous devons être en mesure d’aborder la recherche avec une approche interdisciplinaire, participative et axée sur les résultats. Nous allons nous attaquer aux défis et solliciter dès le départ la participation de chercheurs et chercheuses de toutes les disciplines pertinentes. Voilà l’idée à la base du Parc », explique le Pr Kassen.
« Il nous faut aussi établir des collaborations à l’extérieur du campus, précise-t-il. Le secteur privé, les organismes gouvernementaux, les ONG, les détenteurs de droits autochtones doivent être de véritables partenaires, pas de simples utilisateurs des résultats de la recherche universitaire. Voilà l’esprit des pôles ReACT – de la recherche aux actes – nos groupes d’expertise interdisciplinaires qui ciblent des domaines spécifiques. C’est comme ça qu’ils fonctionneront. »
« Par [notre approche], nous effaçons les frontières traditionnelles entre les disciplines, ainsi qu’entre l’Université et la communauté dont elle fait partie. D’une certaine manière, nous réinventons l’université du xxie siècle. »
Le directeur académique sait que le Parc du développement durable suscite beaucoup d’intérêt et de curiosité chez ses collègues. « Toute l’Université souhaite cultiver et développer [ses champs d’expertise], et cerner les points de convergence où nous pouvons utiliser nos atouts pour affronter les défis à relever. McGill est une université entrepreneuriale : il y a beaucoup de place pour les initiatives. »
Il est encore tôt, et le Pr Kassen doit élaborer une feuille de route académique pour que le Parc soit pleinement fonctionnel dès le premier jour. On prévoit que les locaux seront prêts d’ici 2029, et que le site accueillera quotidiennement environ 3 000 membres d’équipes de recherche, de la population étudiante et du personnel, visiteurs et visiteuses.
Étant donné l’ampleur du projet, le directeur académique espère évidemment que la communauté diplômée mcgilloise répondra présent, mais le soutien dont il a besoin n’est pas que financier.
« Nous recherchons des partenaires. Nous sollicitons vos idées. L’Université, mes collègues et moi sommes pleinement conscients des crises [liées au développement durable] auxquelles nous sommes confrontés. Il nous faut agir. [L’Université] existe pour servir la société. Nous faisons partie d’un même monde. J’appelle [la communauté diplômée de McGill] à prendre part à ce projet et à travailler avec nous. »