Photo: Owen Egan/Joni Dufour

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Rencontre avec la nouvelle provost de l’Université McGill

Angela Campbell (B.A. 1995, B.C.L. 1999, LL. B. 1999), la nouvelle provost et vice-rectrice principale aux études, parle de certains des défis auxquels McGill est confrontée, de ce qui distingue les étudiantes et étudiants de l’Université, et de ce qui a changé (ou pas) à McGill depuis depuis l’époque où elle y étudiait.

Article de McGill News

juin 2026

Angela Campbell (B.A. 1995, B.C.L. 1999, LL. B. 1999), la nouvelle provost et vice-rectrice principale aux études de McGill, a travaillé en étroite collaboration avec son prédécesseur, Christopher Manfredi, pendant dix ans à titre de vice-provost à l’équité et aux politiques académiques, puis de première vice-provost par intérim, Études et vie étudiante. Elle dit néanmoins qu’il lui faudra un peu de temps pour s’habituer à ses nouvelles fonctions.

« Chris donnait l’impression que tout était facile; il était toujours si calme et imperturbable, souligne la nouvelle provost. C’est un portefeuille gigantesque. Je n’ai pas le temps de m’ennuyer. »

Angela Campbell occupe désormais les fonctions de grande responsable des structures d’enseignement et du budget de l’Université McGill. En annonçant sa nomination, le recteur, Deep Saini, l’a décrite comme une professeure dévouée qui sait faire émerger des consensus avec habileté et qui porte haut et fort la voix des étudiantes et étudiants. Il a ajouté qu’en tant que Montréalaise bilingue, elle comprenait avec toutes les nuances voulues la dynamique politique, économique et culturelle dans laquelle évolue l’Université McGill.

Professeur de droit, Angela Campbell a reçu deux prix d’enseignement et a été directrice de l’Institut de droit comparé.  Elle a également été vice-doyenne aux études supérieures à la Faculté de droit. Comme elle a obtenu des diplômes en histoire et en droit à McGill, elle a l’avantage d’avoir connu l’Université du point de vue d’une étudiante.

« J’étais une étudiante [universitaire] de première génération et je venais d’un milieu [aux ressources financières limitées], précise-t-elle. J’ai eu la chance de recevoir des bourses très généreuses octroyées par l’Université grâce à notre formidable communauté diplômée. » Après ses études en droit, elle a occupé le poste d’auxiliaire juridique auprès de Frank Iacobucci, juge à la Cour suprême.

Qu’est-ce qui a changé à l’Université McGill depuis les années 1990, époque où elle y était étudiante?

« Beaucoup de choses sont restées les mêmes, fait remarquer la provost. J’ai eu des professeurs qui étaient à la fois d’éminents chercheurs et des enseignants extrêmement dévoués. Et j’ai eu la chance d’étudier avec des gens de partout dans le monde. »

« En tant que membre du corps professoral, je peux affirmer que le plus grand privilège d’être professeur à McGill, c’est la relation avec les étudiants. Les étudiantes et étudiants nous poussent à donner le meilleur de nous-mêmes et nous transmettent leur énergie et leur vision des choses. »

Angela Campbell, provost et vice-rectrice principale aux études

Il y a tout de même des différences importantes. « La place qu’occupent les technologies de communication dans nos vies a changé la donne. Les étudiantes et étudiants sont constamment sollicités de toutes parts. Ils ont toujours un ordinateur portable ou un téléphone sur eux et sont joignables en tout temps. Je m’inquiète beaucoup [des effets néfastes] liés au fait d’être toujours connecté. »

« La surabondance d’informations, en particulier de celles qui sont véhiculées par les médias sociaux, semble avoir accentué les sentiments d’isolement, d’exclusion ou de solitude [chez les étudiants]. Toutefois, les étudiantes et étudiants d’aujourd’hui sont bien plus à l’aise de parler de ces sujets que ne l’étaient ceux de la génération précédente, et ça, c’est positif », ajoute-t-elle.

« Ils arrivent mieux à fixer des limites pour préserver leur santé mentale. Et je pense que l’Université a su s’adapter pour répondre aux besoins actuels : le nombre et la diversité des ressources et des services proposés aux étudiants ont augmenté de manière exponentielle par rapport à l’époque où j’étais moi-même étudiante à McGill. »

Angela Campbell indique qu’elle souhaite lancer l’élaboration d’un plan académique stratégique pour les cinq à dix prochaines années. Une autre priorité sur sa liste de tâches : « repenser notre modèle budgétaire afin d’assurer une viabilité financière à long terme ».

Ce n’est un secret pour personne que l’Université McGill est aux prises avec de graves difficultés financières, qui ont été exacerbées par des décisions récentes des gouvernements provincial et fédéral. Ces décisions ont eu des répercussions sur les revenus tirés des droits de scolarité ainsi que sur le nombre d’inscriptions d’étudiants étrangers.

Selon les estimations, si aucune mesure corrective n’est prise, l’Université McGill pourrait devoir faire face à un déficit d’exploitation de 73 millions de dollars d’ici 2028. Il y a environ un an, l’Université a lancé Horizon McGill, processus d’examen qui permettra de cerner les domaines dans lesquels on pourrait gagner en efficacité et en efficience. 

« Jusqu’à présent, Horizon McGill a principalement porté sur les activités administratives, précise la nouvelle provost. Mais nous nous pencherons aussi sur nos activités d’enseignement. Nous devons prendre conscience des coûts que représente la mise en œuvre de programmes universitaires et déterminer les aspects des programmes qui sont les plus avantageux pour nos étudiants et pour la mission de recherche de l’Université. »

Selon elle, le prochain examen de la planification des activités d’enseignement ne se limitera pas à une simple question d’argent.

« En cette période de ressources limitées, nous allons chercher des solutions viables qui nous permettront de générer des revenus de manière durable et de mener efficacement la mission fondamentale de McGill. Nous savons également que certaines activités universitaires ne seront jamais des sources de revenus; ce n’est pas un problème tant que ces activités ont une valeur ajoutée pour l’enseignement, la recherche et notre rôle dans la société. Nous aurons toujours un modèle de réaffectation stratégique des ressources à l’échelle de l’Université. »

En matière de recrutement de talents, Angela Campbell estime que McGill a plus d’un atout dans sa manche, ce qui est une bonne chose compte tenu de la concurrence qu’elle doit affronter.

« Nos professeurs, qui viennent du monde entier, ont l’embarras du choix.  Nous devons pouvoir leur proposer quelque chose de spécial et d’unique, et c’est exactement ce que nous faisons. En tant que membre du corps professoral, je peux affirmer que le plus grand privilège d’être professeur à McGill, c’est la relation avec les étudiants. Les étudiantes et étudiants nous poussent à donner le meilleur de nous-mêmes et nous transmettent leur énergie et leur vision des choses. »

« Et nous sommes dans une ville extraordinaire. Montréal offre un milieu accueillant pour notre communauté cosmopolite. Tout le monde y trouve sa place, et c’est quelque chose que nous devons continuer à cultiver. »

« Quand on entre dans une salle de classe à McGill, on y trouve des étudiants brillants, curieux et issus d’horizons divers. Ils viennent de partout dans le monde et de tous les milieux. Ce n’est pas forcément le cas dans les autres grandes universités canadiennes, où parfois jusqu’à 90 % des étudiants de premier cycle viennent des zones géographiques les plus proches. »

La géopolitique est également un facteur dont les professeurs tiennent compte lorsqu’ils choisissent leur lieu de travail. Aux États-Unis, par exemple, des tensions sont récemment apparues dans les relations entre le gouvernement fédéral et de nombreuses grandes universités, principalement en raison de la suspension ou de l’annulation de milliers de subventions de recherche.

« Ces circonstances ont sans aucun doute eu des répercussions sur les activités de recrutement au Canada », explique la provost.

« Des chercheurs et collègues estiment qu’en ce moment, aux États-Unis, les programmes de recherche qu’ils souhaitent mener ne sont pas envisageables. Le Canada est de plus en plus perçu comme un pays offrant une stabilité relative. « De nombreux esprits brillants ont manifesté leur intérêt à venir ici, ce qui pourrait s’avérer extrêmement bénéfique pour McGill, mais aussi pour le Québec et le Canada. »

Angela Campbell a dirigé l’élaboration du premier Plan stratégique en matière d’équité, de diversité et d’inclusion de l’Université McGill, premier plan du genre parmi les universités canadiennes.

« Avant la création d’un mandat institutionnel en matière d’EDI, McGill était déjà un véritable centre d’activité et de militantisme [dans ce domaine]. De nombreux étudiants et enseignants ont fait un travail considérable bien avant que les responsables institutionnels ne s’intéressent au sujet. »

« Il faut le reconnaître. Ce travail mené sur le terrain est extrêmement précieux, et il doit être appuyé par l’attention, l’énergie et les ressources fournies par l’établissement. À mes yeux, la relation entre les personnes qui font avancer les choses concrètement sur le terrain et les personnes qui prennent des décisions pour toute l’Université est vraiment importante. Et je pense que nous avons fait d’énormes progrès grâce à notre travail collaboratif. »

« Un domaine dans lequel, à mon avis, nous commençons à constater de réels progrès, c’est le recrutement des enseignants. Le taux de roulement n’est pas élevé au sein du corps professoral à McGill : en général, nos professeurs restent en poste pendant plus d’une génération. Des professeurs vont et viennent, mais la plupart y restent pendant toute leur carrière. Ainsi, la diversification de la composition du corps enseignant occupe une place importante dans le changement de culture dans une université, car ce sont les professeurs qui déterminent le type de recherche menée et le type d’enseignement dispensé; ce sont eux qui définissent le cadre d’apprentissage des étudiants. Ce n’est pas le seul point à aborder, mais c’est un élément essentiel. »

Le monde doit affronter des défis de taille, et les universités peuvent jouer un rôle important en proposant des solutions, mais elles auront besoin d’aide. Les universités pourraient ne pas arriver à répondre aux besoins si elles agissent seules. Il n’est pas toujours facile pour une université de travailler en collaboration avec différentes institutions et différents secteurs. »

« Si nous voulons relever des défis tels que le développement durable et les urgences climatiques, nous devons envisager des partenariats avec le secteur public, le secteur privé et les organisations à but non lucratif », ajoute-t-elle.

« À McGill, beaucoup de gens font un travail remarquable dans ces domaines, mais, pour la mise en œuvre, nous avons besoin de partenaires. Comment pouvons-nous adopter une réflexion transversale en tenant compte de toutes les disciplines et de tous les secteurs? Comment pouvons-nous mettre notre expertise à profit tout en tirant parti du savoir-faire dans d’autres domaines? » Angela Campbell estime que le travail interdisciplinaire réalisé au Parc du développement durable de l’Université McGill sera « un formidable modèle pour ce genre de projet ».

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