Le Venezuela posséderait les plus grandes réserves de pétrole au monde (Photo : iStock)

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Le Venezuela sous les projecteurs

Juan Pablo Luna, titulaire de la Chaire d’études sur la démocratie Diamond-Brown du Département de science politique de l’Université McGill, se penche sur la destitution de l’ex-président vénézuélien Nicolás Maduro et ses répercussions sur la région.

Article de McGill News

mars 2026

La capture et l’expulsion spectaculaires du dictateur du Venezuela, Nicolás Maduro, par les États-Unis ont soulevé de nombreuses questions, notamment au sujet de l’avenir de ce pays d’Amérique du Sud assiégé.

Autrefois l’un des pays les plus riches du monde grâce à ses importantes réserves de pétrole, le Venezuela voit son économie s’effondrer depuis des années. Comme l’ont souligné les Nations Unies tout récemment, le Venezuela vivait « déjà l’une des plus graves crises humanitaires et migratoires au monde ».

L’ex-président, sa femme et son fils font désormais l’objet d’accusations liées à la drogue et aux armes aux États-Unis.

Un homme debout à l'extérieur, les bras croisés, avec en arrière-plan la façade d'un bâtiment en verre et un banc en pierre entouré de verdure.
Professeur Juan Pablo Luna, titulaire de la Chaire d’études sur la démocratie Diamond-Brown

Le professeur Juan Pablo Luna est le premier titulaire de la Chaire d’études sur la démocratie Diamond-Brown du Département de science politique de l’Université McGill. Spécialisé dans l’étude des partis politiques et de la représentation politique en Amérique latine, Juan Pablo Luna est l’un des politologues les plus éminents du monde. Il s’intéresse également à la dynamique du crime organisé, plus précisément à son effet de remodelage de la politique, des États et des marchés en Amérique latine.

Nous nous sommes entretenus avec lui au sujet des turbulences politiques qui secouent le Venezuela à la suite de l’éviction de Nicolás Maduro par les États-Unis et de ses répercussions possibles en Amérique latine et ailleurs dans le monde.

La vice-présidente de Nicolás Maduro, Delcy Rodríguez, est désormais présidente par intérim du Venezuela. S’agit-il vraiment d’un changement de régime?

Non, il s’agit d’un changement de chef du gouvernement, qui témoigne de la fragilité du gouvernement vénézuélien. Pour vous donner une idée, l’armée vénézuélienne compte 2 000 généraux.

Cette situation est liée au favoritisme et au patrimonialisme que Maduro et son régime ont mis en place pour obtenir l’adhésion de l’armée. Vous avez donc cette immense armée, qui joue un rôle essentiel dans le maintien de l’ordre. Et vous avez la coalition civile, que Delcy Rodríguez représente désormais.

En plus des militaires, de nombreux groupes armés peuvent déstabiliser le pays : les colectivos, créés par l’ex-président Hugo Chávez, ont été habilités à faire respecter les règles en tant que force de police du régime. Ensuite, il y a les groupes criminels organisés. Et enfin, il y a 2 000 membres actifs de groupes de guérilla colombiens qui ont afflué au Venezuela après le début du processus de paix en Colombie.

Je pense que les États-Unis comptent sur le fait que Delcy Rodríguez peut, pour l’instant du moins, maintenir la cohésion.

On entend beaucoup dire que le président Trump se serait fâché contre les dirigeants officiels de l’opposition vénézuélienne parce que María Corina Machado a reçu le prix Nobel de la paix 2025 et pas lui. Mais je pense que sa principale motivation était le maintien d’une coalition qui promet au moins de rétablir l’ordre et de relancer l’exploitation pétrolière. Il n’a pas agi dans l’intérêt de la démocratie. Il est intervenu pour ramener l’ordre et extraire les ressources.

Vu la présence de tous ces groupes armés – et les bouleversements sociaux qui y sont associés –, la probabilité que le pays se démocratise est très mince.

Le renversement de Maduro est-il lié à la drogue, à l’immigration aux États-Unis, au pétrole, ou aux trois à la fois?

Je pense que c’est d’abord et avant tout pour le pétrole que les Américains sont intervenus. Il s’agit aussi d’une stratégie géopolitique visant à montrer aux autres pays de la région que les États-Unis s’imposent comme une puissance dans cette partie du monde par de nouveaux moyens.

Beaucoup de gens évoquent la doctrine Monroe, cette méthode de la carotte et du bâton. C’est la méthode employée par Trump dans ses relations avec différents pays. Les États-Unis ont fait une annonce concernant les visas : ils punissent les pays qui se sont opposés à leur intervention au Venezuela. On voit que les pays qui se plient aux exigences, comme l’Argentine, reçoivent de l’aide d’entreprises américaines.

Les États-Unis veulent également faire obstacle à la Chine et à ses relations avec des gouvernements latino-américains. À part le Mexique, en raison de l’accord Canada-États-Unis-Mexique, tous les pays d’Amérique latine commercent aujourd’hui davantage avec la Chine qu’avec les États-Unis. Ce changement s’est opéré au cours des deux dernières décennies. Par exemple, les entreprises chinoises ont réalisé des investissements massifs au Pérou.

Pour moi, c’est le message qui ressort, au-delà des revenus que les États-Unis tireront du pétrole vénézuélien. Le pétrole est abondant, mais il faut investir beaucoup pour rentabiliser son exploitation. La rentabilité prendra du temps, alors que le positionnement géopolitique est immédiat.

Est-ce que les États-Unis affaiblissent leur autorité morale lorsqu’ils disent à la Russie « sortez de l’Ukraine » ou à la Chine « n’essayez pas d’envahir Taïwan »?

Absolument. Disons-le franchement, l’ordre international est en train de s’effondrer. Cet ordre protégeait les petits pays et les pays pauvres. S’il disparaît, ce seront les grands pays puissants qui dicteront leurs lois. C’est ce vers quoi nous nous dirigeons, je le crains.

La destitution de Maduro et l’intervention des États-Unis au Venezuela devraient-elles inquiéter un pays d’Amérique latine en particulier?

Cuba, assurément, entre autres en raison du secrétaire d’État américain, Marco Rubio, de son programme concernant Cuba et des raisons historiques qui expliquent l’intérêt des États-Unis. La situation humanitaire à Cuba est vraiment désastreuse. Le gouvernement est à court de ressources. L’interruption de l’aide du Venezuela et de la coopération économique ne fera qu’envenimer les choses.

Le Venezuela souhaite-t-il diversifier son économie pour ne plus être uniquement un État pétrolier?

Si on ne tient pas compte de l’exploitation pétrolière, le pays est une économie de subsistance. C’est le cas depuis la découverte du pétrole au milieu du XXe siècle. De 1958 à 1992, le Venezuela était l’une des démocraties les plus stables de la région. C’est une économie qui, pendant 50 à 60 ans, a essentiellement reposé sur le pétrole et les exportations pétrolières.

Même si certains au Venezuela font valoir la nécessité de diversifier l’économie, le problème, c’est que le pays n’a pas l’économie politique ni les incitatifs pour y parvenir.

En raison de cette crise qui perdure depuis des décennies, le pays manque de capital humain. Les personnes les plus instruites ont déjà fui le pays. Des millions de gens ont quitté le Venezuela. Ceux qui restent sont essentiellement des personnes âgées ou très pauvres. Il faudra du temps pour augmenter la productivité et diversifier l’économie.

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